... À la Capucine ...

A l’origine du couteau dit "à la Capucine" est le couteau fermant à clou unique, encore appelé par Fougeroux de Bondaroy, dans son ouvrage l’Art du coutelier en ouvrages communs, couteau jambette ou Dauphine. Dans ce type de couteau fermant, le plus simple qui soit, la lame est munie d’un talon prolongé par un bouton, également nommé lentille à Paris, et qui fait office d’arrêtoir à la lame ouverte en s’appuyant sur le dos du manche. Ce principe, qui s’est perpétué jusqu’à nos jours à travers le couteau de bergers, le Piémontais par exemple, possède un inconvénient majeur : une fois la lame repliée dans le manche, la lentille ou bouton dépasse alors largement sur l’avant du manche. Il devient mal aisé de le ranger dans une poche ou un étui, ce que Fougeroux explique en ces termes : “ Les couteaux à un clou sont, comme nous venons de l’expliquer, retenus ouverts par un bouton qui s’appuie sur le manche. C’est, sans contredit, la façon la plus simple ; mais on reproche à ce bouton de déborder le manche, quand le couteau est fermé, et de déchirer ou blesser la main et de percer les poches. ”
On inventa alors le couteau à deux clous dit "à la Capucine", lequel en supprimant le bouton et en le remplaçant par un deuxième clou servant d’arrêt au talon de la lame permet d’intégrer l’ensemble du talon au manche, que la lame se trouve en position ouverte ou fermée. Ce mécanisme, quoique fort ancien puisque Fougeroux de Bondaroy en fait rapport à l’Académie royale des sciences en 1767, est encore aujourd’hui très répandu, allant même jusqu’à se perpétuer dans son intégralité au travers de systèmes high tech comme le fameux liner lock des Américains.
Malheureusement pour nous, Fougeroux reste totalement silencieux sur le pourquoi de l’appellation "à la Capucine". L’explication la plus courante fait intervenir la forme en capuchon du bout du manche qui effectivement rappelle assez fidèlement l’aspect assez caractéristique de la "capuce" de certains moines. Quoi qu’il en soit, ce sont bien les lignes très particulières de ce couteau qui nous ont attiré vers lui. Il semble que le coup de crayon originel ait été dicté par l’évidence tant le résultat est remarquable.
Pour le rééditer, nous avons cependant remodelé quelques volumes, tendu un peu plus certaines lignes et intégré un système de cran d’arrêt à pompe avant de manière à concrétiser l’idée du projet : imaginer ce qu’aurait pu être un couteau "à la Capucine" de luxe, destiné à une clientèle prestigieuse du XVIIIe siècle. Le résultat est donc ce couteau que nous avons voulu très sobre dans sa décoration et la garniture du manche d’ivoire pour laisser une place prépondérante aux sensations tactiles.