Cette pièce a été inspirée par ces grands couteaux luxueux qui accompagnaient l’aristocratie du XVIIIe siècle dans ses déplacements. Couteau à dîner, bien entendu, mais aussi accessoire privilégié du costume destiné à montrer ostensiblement le degré de raffinement de son propriétaire. Ce couteau présente une particularité très appréciée au siècle des Lumières : son manche est réalisé en nacre noire, matériau déjà rare à l’époque, tiré de la coquille de l’huître perlière et que l’on trouve encore aux Gambier et à Tahiti. Les Anglais, plus poétiquement, l’appellent "mother of pearl", la mère de la perle.
C’est Jean-Jacques Perret un grand maître coutelier du XVIIIe qui, dans son ouvrage "Les Arts du coutelier et du chirurgien" paru en 1771, emploie pour désigner cette matière le joli qualificatif de "nacre de perle", terme indéniablement tombé en désuétude de nos jours tant dans le langage courant que dans nos métiers d’art.
Réaliser un couteau de cette taille en nacre noire reste aujourd’hui comme hier une gageure car les grands coquillages sont devenus extrêmement rares et pas moins de quatre plaquettes sont nécessaires à la mise en œuvre de cette pièce. Les couteliers spécialisés dans le travail de la nacre de perle, qu’elle soit blanche ou noire, étaient peu nombreux à l’époque. L’un des plus célèbres d’entre eux fut Didier Diderot, coutelier du Roi à Langres. L’enseigne de son atelier "À la perle" témoigne de son attachement à cette matière si particulière. Il transmet d’ailleurs cette passion à son fils Denis qui, adolescent, travailla aux côtés de son père à la coutellerie familiale avant de devenir le philosophe que l’on sait.