... L’Émigre royaliste ...

A pièce exceptionnelle, histoire exceptionnelle. Ce couteau à cran d’arrêt et pompe avant fut la propriété d’un émigré monarchiste français ayant fuit la Révolution et surtout la terreur des années 1793 et 1794. Marqué "Humblot à Berlin", il fut très probablement conçu par Humblot Ainé, célèbre coutelier nogentais cité dans l’encyclopédie de Camille Pagé ainsi que dans l’Almanach du commerce de Sébastien Bottin en 1830. "Berlin" est sans doute une inscription apocryphe ou en tout cas postérieure à la fabrication du couteau dont tout porte à croire qu’elle eut bien lieu à Nogent en Bassigny, berceau de la coutellerie fine de l’époque et lieu de résidence de Humblot. Nous avons décidé de rééditer ce couteau qui est, à notre connaissance, une pièce unique, car il possède, comme tous les anciens modèles que nous avons réalisés jusqu’ici, un certain nombre de critères que nous jugeons indispensables au démarrage d’une nouvelle étude, c’est-à-dire un intérêt historique incontestable, une esthétique et une sobriété de lignes remarquables, et enfin une ou plusieurs difficultés techniques susceptibles de nous amener à la redécouverte d’anciens tours de main aujourd’hui disparus.
L’Émigré royaliste répond parfaitement à ces trois exigences. Couteau de deuil mais également signal de reconnaissance entre monarchistes en exil, il possède une face noire en écaille ornée d’un médaillon en argent, gravé "Le Roi est mort" et montrant un phœnix abattu tandis que les trois rosettes d’argent en forme de larmes soulignent la tristesse d’un tel événement. L’autre face est en ivoire, également incrustée d’un médaillon gravé "Vive le Roi" et où l’on découvre un phœnix ressuscité prenant son envol vers un destin nouveau. Le mythe bien connu du phénix, représenté ici par la gravure, associé à la forte opposition des deux matières ivoire et écaille, forment un tout signifiant clairement la nature profondément pérenne de la royauté. Ce couteau est un véritable livre ouvert sur l’histoire de son temps, et par là il nous aide à comprendre notre propre présent. Il s’agit également, selon nous, d’une véritable réussite esthétique, et là les mots sont bien pauvres à décrire la sobriété des lignes, l’équilibre des volumes ou bien encore l’extrême sensualité du toucher… à voir et à manipuler soi-même.
Quant à la réalisation, elle fut pour nous l’occasion de redécouvrir les quelques trouvailles qui permirent à ce diable de Humblot de réunir sur une seule et même pièce des caractéristiques aussi antagonistes qu’une très grande longueur de manche et de lame, associée à une finesse extrême des composants ou bien encore de placer à l’intérieur d’un espace aussi restreint et considérablement limité par la large lame une fois repliée, d’y loger donc, un mécanisme aussi complexe qu’une pompe avant à cran d’arrêt. Là encore l’ingéniosité et le génie des couteliers du XVIIIe nous laissent comme à chaque fois pantois d’étonnement, mais aussi, riches d’un savoir nouveau et pourtant si ancien. Mais c’est là une affaire entre eux et nous, une histoire de couteliers…
Longueur ouvert : 27 cm, fermé : 14,5 cm