... Le Larrey ...

Issue d’une pièce unique et prestigieuse du 1er Empire, cette réplique est l’aboutissement d’un travail de longue haleine, aussi bien sur le plan historique que technique. Pour ce qui est de l’histoire officielle, ce couteau fut la propriété du général Bonaparte avant qu’il n’en fasse don au chirurgien en chef de la Grande Armée Dominique Larrey (1766 - 1842). Remarqué par Bonaparte pendant la campagne d’Égypte, Larrey deviendra très vite un ami intime du jeune général et le suivra dès lors sur tous les champs de bataille. Qualifié par l’empereur du "plus valeureux des hommes", Larrey fut en effet un habile chirurgien qui œuvra sans cesse à améliorer le sort peu enviable des soldats de la Grande Armée. Tous sont témoins de son dévouement ; on l’a vu , avec ses "ambulances volantes", enlever les blessés pendant l’action et les opérer dans les minutes qui suivent, ce qui pour l’époque est tout à fait novateur. Son travail sur les amputations, l’alimentation, l’hygiène et surtout les épidémies de peste, lesquelles décimaient plus sûrement les troupes napoléoniennes que le feu, lui vaudra une notoriété sans égale auprès des Grognards qui iront jusqu’à le surnommer "la providence du soldat".
Ainsi la vie de Larrey s’apparente à un véritable roman d’aventure. C’est lui qui embaume Kléber, assassiné en 1800 au Caire. A Waterloo, il est fait prisonnier et, au moment d’être fusillé, est reconnu par des officiers ennemis qu’il soigna jadis et qui le libèrent. Il prend part à 60 batailles, est promu Baron d’Empire par Napoléon, incarcéré par la police de Fouché lors de la Restauration puis nommé chirurgien en chef de l’hôpital des Invalides après la Révolution de Juillet de 1830. Il mourra à Lyon 12 ans plus tard, couvert de gloire.
Napoléon Bonaparte avait, on s’en doute, toutes les raisons de choyer un personnage aussi populaire au sein de la troupe et c’est ce qu’il fit tout au long de son règne. Ce couteau exceptionnel en est une preuve remarquable. Il est le dépositaire d’une technique très ancienne presque totalement disparue aujourd’hui. Il s’agit de l’incrustation de motifs figuratifs d’or ou d’argent en surface de l’écaille de tortue. Difficile à mettre au point une fois le principe redécouvert, elle nous fit passer quelques nuits blanches avant d’aboutir au résultat escompté.
Le couteau en lui-même est typique de la facture luxueuse du 1er Empire. Les parties en écaille incrustées de motifs d’or et d’argent viennent prendre place dans le corps du couteau lui-même. L’étoile, le soleil, la lune et le serpent sont quatre éléments symboliques ayant trait à la Franc-maçonnerie, confrérie alors très présente au sein des rangs des officiers de l’armée napoléonienne. Les motifs centraux en argent sont très probablement les attributs du régiment de Larrey. Tous les rivets sont dissimulés par les éléments décoratifs, ce qui rend le couteau indémontable, sinon à le détruire… tout un symbole lorsque l’on pense à l’indéfectible amitié qui liait les deux hommes.
Ce couteau fut pour Larrey un moyen très efficace de faire savoir dans quelle estime l’Empereur le tenait. Raffiné, richement décoré, esthétiquement très original et prestigieux de part ses origines, le couteau du Baron Dominique Larrey ne cessa, dès sa découverte, de nous étonner ; pour preuve, voici pour finir la transcription du texte qui l’accompagnait dans son écrin d’origine, quelques lignes écrites à la main sur un papier très ancien. "Couteau d’un riche nécessaire de campagne portant les emblèmes de la Franc-maçonnerie, appartenant au général Bonaparte durant son expédition d’Égypte. Il en fit don à Larrey."
(Original provenant du fonds du musée Carnavalet.)